| ||||||||||||||||
|
Dossier patrimoine MM-98-03 DÉPLOIEMENT
MUSÉOLOGIQUE INCONSIDÉRÉ OU PROTECTION DU PATRIMOINE...? Le 25 février dernier,
la Commission des Biens culturels
tenait une audience publique portant sur un projet
mis de l’avant par le Musée de
la Civilisation. Ce projet,
impliquant des dépenses de quelque 2M$, consiste à relier la chapelle du Séminaire
de Québec (qui est située en haut de la Côte Sainte-Famille) à deux
salles du Musée de l’Amérique française qui, elles, se trouvent en
contrebas de cette côte. Le tout
sous prétexte que les collections du séminaires sont «indivisibles»,
selon une entente intervenue entre le Musée
de la civilisation et le Séminaire de
Québec. Par ce projet, le musée
souhaite solutionner des problèmes d’organisation spatiale, de visibilité et
de fréquentation. En réalité, ce
projet implique la construction d’un lien piétonnier couvert dans la cour du
séminaire dont, paradoxalement, une partie consiste en un passage à ciel
ouvert, à l’extérieur! Le
projet serait complété par l’ajout de deux annexes aux bâtiments actuels. Le CCVQ, de même que
d’autres intervenants (dont la Commission
des monuments et sites du Québec), ont remis ce projet en question.
On s’interrogeait à savoir si ce projet permettrait de réaliser les
objectifs poursuivis ainsi que sur sa capacité d’améliorer la qualité des
visites au musée. On a aussi
souligné que la cour du séminaire, en tant qu’héritage historique et
patrimonial, devrait plutôt être conservée et mise en valeur de façon à
l’intégrer dans un circuit de visite et d’interprétation de cet ensemble
architectural précieux. Ce projet soulève donc
beaucoup de controverses dans la mesure où il risque de contribuer à une dégradation
des lieux. La Commission
des biens culturels a reçu le tout et elle formulera sous peu un avis à la
Ministre de la Culture et des Communications. MM-98-10 De nouvelles «mini-places» dans le
quartier On prévoit la création de cinq «mini-places» : · Érection d’un monument en l’honneur de Jean-Baptiste de Lasalle, fondateur des Frères des écoles chrétiennes;
au coin des rues Chauveau et Sainte-Anne. · Création d’une petite place dédiée à monsieur
Jean-Paul Lemieux; sur la Côte de la
Montagne, à proximité de l’Escalier Casse-Cou. · Réaménagement de la place située
entre l’église presbytérienne et l’Institut canadien. · Création d’une halte cycliste sur le Boulevard
Champlain, au site de l’ancien phare, à proximité de l’entrée de la
Traverse de Lévis. · Installation d’un carrefour giratoire
sur le Boulevard Champlain, près de l’Église Notre-Dame-de-la-Garde et
developpant le thème de «l’expédition américaine sur Québec» de
Montgomery et Arnold. MM-00-01 La position du CCVQ concernant la
protection du patrimoine On sait que M. Roland Arpin préside actuellement une commission qui
se penche sur cette question. Le
CCVQ a donc rencontré M. Arpin en janvier pour lui faire part
de ses attentes concernant une future politique du patrimoine. Le CCVQ a
souligné que cette politique devrait tenir compte du patrimoine urbain, qui est
actuellement comparable à un orphelin tant il se trouve abandonné par les
administrations, autant gouvernementales que municipales. On a aussi indiqué
notre inquiétude devant le fait que le concept de patrimoine semble avant tout
relié au bâti donnant ainsi lieu à des approches associant musées,
patrimoine et tourisme ; dangereux mariage qui souvent conduit à la
momification. On a aussi indiqué
que toute intervention ou décision en milieu urbain devrait d’abord prendre
le parti des citoyens qui sont en fait les gardiens du patrimoine et en assurent
la continuité dans une dynamique vivante. MM-00-03 Le patrimoine urbain Nos lecteurs savent déjà, puisqu’on en a déjà parlé dans un récent
numéro de ce bulletin, que des représentants du CCVQ ont rencontré récemment
M. Roland Arpin qui préside le Groupe-conseil sur la politique du patrimoine
culturel. Le CCVQ a évidemment décidé de soumettre ses observations au
groupe-conseil à partir du point de vue de l’action qu’il poursuit depuis
1975 ; c’est-à-dire le point de vue d’un organisme que préoccupe la
sauvegarde du patrimoine urbain dans le Vieux-Québec. Voici donc en primeur un résumé des principales recommandations
formulées pour nous par notre collègue Jacques Lamarche. · Arrondissement
historique ou site national En 1963, une loi québécoise a créé l'arrondissement historique de
Québec placé sous la responsabilité de la Commission
des monuments historiques du Québec. La Loi sur les biens culturels adoptée
en 1972 a consacré le statut d'arrondissement historique et elle a également
instauré le statut de site national, lequel n'a été attribué jusqu'ici qu'au
seul site de la Colline parlementaire. Agréé en 1985 site du patrimoine mondial, comment le Vieux-Québec
n'a-t-il pas encore été déclaré site national, selon le statut pourtant prévu
par la Loi ? La perspective du quatrième centenaire de la fondation de la ville
en 2008 ne presse-t-elle pas le gouvernement d'y procéder sans plus tarder, en
corrigeant cette situation paradoxale ? Ainsi, il nous paraît raisonnable de recommander : «Que
le statut d'arrondissement historique attribué au Vieux-Québec soit
remplacé par celui de site national.» · Patrimoine bâti
versus patrimoine urbain Le Québec ne compte que deux ensembles urbains patrimoniaux : le
Vieux-Québec et le Vieux-Montréal. La teneur et la qualité de leur bâti
ancien dans une forme urbaine authentique et toujours vivante réclament que ces
sites soient distinctement reconnus. La politique québécoise de la culture
doit établir que ces ensembles contribuent de manière singulière à la
manifestation tangible de la culture, témoignent de l'identité collective et
qu’ils constituent une richesse et une ressource à préserver et à
transmettre vivantes aux générations futures. Il y a plus ici que la préservation
de bâtiments historiques. Si les orientations de la future politique doivent poser la nécessité
d’une politique complémentaire appliquée au patrimoine bâti, il importe
qu'elles marquent aussi les exigences propres à la préservation d'un milieu
urbain, c'est-à-dire de la trame et de l'organicité de ce que l'on appelle
justement un tissu urbain, bien loin de la seule conservation d'immeubles
juxtaposés sans liens avec la vie du milieu auxquels ils appartiennent. La Loi
sur les biens culturels a innové en 1972 en dégageant le concept d'ensemble
urbain. Cette orientation doit être remise en évidence. C’est pourquoi on a cru bon de
recommander : «Que les
orientations de la politique du patrimoine culturel marquent distinctement les
caractères et les exigences de l'ensemble patrimonial urbain que constitue le
Vieux-Québec.» ·
Patrimoine habité Le fondement du caractère
urbain du Vieux-Québec tient dans le fait qu'il est habité. Un ensemble de bâtiments
ou de monuments ne crée pas une ville. Celle-ci existe par et pour un
peuplement. Elle vit toujours par
la population qui en assure la durée. Les propriétaires et les occupants, au
premier chef les résidants, font que le Vieux-Québec constitue un quartier
urbain. La préservation et la mise
en valeur du patrimoine bâti sont d'abord liée à la préservation et au développement
de la population. Or, le souci et l'action de sauvegarde demeurent trop souvent
centrés sur le sort du cadre bâti.
Ils doivent se porter tout autant sur les
habitants du lieu et sur la qualité de vie qui les y attire et les y retient.
Non seulement les gens sont les premiers alliés de la préservation des lieux
qu'ils habitent, mais ils créent l'occupation et l'animation naturelles qui
mettent ces lieux en valeur dans un cadre urbain authentique. Les orientations de la politique du patrimoine culturel ne peuvent manquer d'inclure, en matière de patrimoine urbain, la nécessité de sensibiliser les citoyens à la valeur du patrimoine et aux exigences de sa conservation. Il faut dire plus : il est aussi nécessaire d'associer les citoyens à l'action de conservation, dans sa conception non moins que dans sa mise en oeuvre, en misant sur les ressources qu'ils offrent comme constituant du patrimoine vivant et habité. D’où la
recommandation suggérant : «Que les
orientations de la politique du patrimoine culturel établissent, relativement
au patrimoine urbain, la nécessité d'associer la population qui habite les
lieux à la conception de leur préservation, au discernement de ce qu'il y a
lieu d'y édifier aujourd'hui ainsi qu’à l'action même de sauvegarde et
d'animation.» ·
L’organisation La charge et le soin
du patrimoine urbain souffrent de l'éparpillement des forces, des compétences
et des pouvoirs. Les habitants, les usagers, les fervents du Vieux-Québec sont
laissés à eux-mêmes, sans interlocuteurs autorisés et qualifiés au sein de
l'administration gouvernementale aussi bien que municipale. Des programmes
subsistent, maintenus sur leur erre d'aller par des gestionnaires. Les
responsabilités propres et les compétences expertes se sont perdues dans les réorganisations
de structures et dans les réductions d'effectifs. La Commission des biens culturels pourrait être renforcée et dotée
d'un mandat révisé, de manière à constituer un lieu fort et averti en matière
de patrimoine bâti et urbain, quant aux principes, aux règles et aux
programmes de conservation, de classement et d'intervention. Notre recommandation à cet égard indique : «Que les orientations de la politique du patrimoine culturel devraient
comporter l'instauration d'un lieu de pouvoir et de référence assuré, en
mesure de fournir l'encadrement et le soutien appropriés pour ce qui est du
patrimoine urbain ; notamment en vue de maintenir la concertation entre les
trois paliers fédéral, provincial et municipal quant aux engagements découlant
de l'inscription de Québec sur la Liste du Patrimoine mondial.» · Le cadre
d’intervention L'Entente entre le
gouvernement du Québec et la Ville
de Québec, conclue initialement en 1979 et reconduite tous les cinq ans depuis,
appelle considération.
L'évolution du dispositif, dans son encadrement et dans son
fonctionnement, en a émoussé la portée au regard de la prise en charge du
Vieux-Québec. L'Entente prévaut toujours, sous son nom actuel d'Entente entre le ministère de la Culture et des Communications et la Ville de Québec pour la mise en valeur du patrimoine. Certes, elle constitue un instrument de première importance depuis son origine. Elle se maintient cependant sans profonde remise en cause, sinon que des modifications de caractère administratif ont en fait touché les orientations de la sauvegarde patrimoniale du Vieux-Québec en les diluant. La reconduction quinquennale obéit à des ajustements dont conviennent les gestionnaires désignés par les deux parties. Mais ces ajustements ne bénéficient ni de la direction d'une politique du patrimoine culturel ni de l'appui de ressources expertes. Ce qui nous amène à recommander : «Que la politique du patrimoine culturel définisse le cadre des responsabilités propres au gouvernement du Québec et à la Ville de Québec à l'endroit de l'arrondissement historique du Vieux-Québec, qui serait par ailleurs déclaré site national.» · L’aide à la
restauration L'aide à la restauration des bâtiments anciens du Vieux-Québec peut être améliorée. Ses modalités suscitent deux réserves. D'une part, un nombre non négligeable de propriétaires croient que les règles d'application ne sont pas les mêmes pour tous et que les entrepreneurs profitent du programme pour majorer leurs prix. D'autre part, les propriétaires demandent que l'aide accordée couvre non seulement la restauration, mais aussi l'entretien. En réaffirmant le bien-fondé de l'aide indispensable du gouvernement à la conservation des bâtiments anciens du patrimoine urbain du Vieux-Québec, la politique du patrimoine peut dessiner mieux le cadre de cette aide. Notamment, une autre voie que celle des subventions est à préconiser : c'est la voie des dégrèvements fiscaux, dont l'expérience dans nombre d'États a été relevée favorablement par des observateurs experts. Ainsi, on recommande : «Que la
politique du patrimoine culturel préconise l'instauration de dégrèvements
fiscaux en remplacement des subventions gouvernementales au titre du Programme
d'aide à la restauration des bâtiments traditionnels du Vieux-Québec.» · Sensibilisation
et éducation Enfin, un peu comme s’il s’agissait d’un complément normal aux
recommandations qui précèdent, on suggère que : La politique du patrimoine culturel, en accentuant la nécessité de la
sensibilisation et de l'éducation des citoyens à l'égard de la sauvegarde et
de la valorisation du patrimoine urbain, mette deux points en lumière : (i)
qu'une action particulière s'adresse aux propriétaires et aux occupants des
immeubles du bâti patrimonial urbain afin qu'ils découvrent et connaissent
mieux la valeur des lieux qui leur appartiennent et qu'ils habitent ; (ii) que
des jeunes étudiants et diplômés dans les disciplines qui touchent au bâti
ancien et au développement urbain soient associés à cette action, de manière
à encourager leur engagement dans ces disciplines et à procurer à la
sauvegarde du patrimoine urbain l'apport de leurs connaissances et de leur
enthousiasme. |